Questions de science
et de technologie


 N. Arthaud

La compétitivité devrait être un mot étranger à l’université. L’autonomie financière des universités vis-à-vis de l’État implique une dépendance accrue de ces mêmes universités vis-à-vis des financements privés. Est-ce mieux ? Non. Par ailleurs, cette autonomie financière n’a rien à voir avec une liberté supplémentaire en matière de recherche et d’enseignement. L’État peut très bien continuer à imposer des règles strictes en termes d’enseignement et de recherche.
L’autonomie en soi ne veut rien dire. Aux Etats-Unis certaines universités sont largement autonomes de l’État mais elles ont des budgets incomparablement plus importants que n’importe quelle université française. Chacune des plus grosses universités américaines peut avoir un budget du même ordre que celui de tout le CNRS, par exemple. Alors, en France, l’autonomie des universités cache d’abord un désengagement de l’État de ce qu’on pourrait appeler le service public de l’enseignement supérieur.
Les scientifiques devraient évidemment avoir la totale liberté de penser et la liberté de pousser leurs recherches dans la direction qui leur semble fructueuse dans la limite des possibilités de la société. Car ils ne peuvent pas être déconnectés de la société et de ses besoins. La recherche doit aussi bien sûr rendre compte de ce qu’elle fait : diffuser ses savoirs, ses travaux, ses questionnements, vulgariser auprès du plus grand nombre possible.
Enfin, une société humaine digne de ce nom devrait chercher à abolir la coupure qui existe aujourd’hui entre l’ensemble de la population et une intelligentsia spécialisée. L’éducation devrait viser à ce que tout le monde participe à l’innovation scientifique, technique ou artistique.