Questions de science
et de technologie


 E. Macron

Le principe de précaution est un formidable principe d’innovation. Non seulement son application exige une recherche renforcée, mais il est aussi source d’innovation dans la mesure où le coût de l’inaction et du refus de chercher des conséquences négatives à de nouvelles technologies sont colossaux pour les entreprises comme pour les sociétés humaines. La meilleure réponse consiste donc en des produits et des technologies de substitution qui remplissent la même fonction — souvent améliorée —, et n’ont pas les conséquences désastreuses d’erreurs technologiques pour la santé humaine ou l’environnement.
D’autre part, supprimer le principe de précaution de la Constitution ne présente strictement aucun intérêt d’un point de vue juridique. Il s’agit d’un principe fondamental du droit communautaire, appliqué par le juge communautaire, qui commence même à devenir un principe jurisprudentiel sur le plan international. Dans ces conditions, il s’agit dans tous les cas d’un principe obligatoire du droit français, supérieur à la loi et s’impose en tant que tel au législateur.
Je crois que la politique est l’art architectonique par excellence, c’est-à-dire l’art qui consiste à équilibrer les différentes forces de la société pour qu’elles concourent au meilleur pour nos concitoyens. C’est d’ailleurs ainsi qu’Aristote définissait la prudence ou la précaution, vertu principale pour lui…Et cela doit être aussi la vertu du juge.
Je ne crois pas que le principe de précaution bride la liberté de la recherche faite dans un milieu strictement contrôlé, sur des objectifs portés collectivement et des valeurs respectées. Ce que je crois, c’est que le principe de précaution permet de trouver un équilibre entre l’innovation, la prise de risque, et la sécurité de tous.