Questions de science
et de technologie


 Crise des vocations scientifiques

IV.1. D’après les rapports du CNESCO, 39% des élèves sont en difficulté à la sortie de l’école primaire et 42 % ont une maîtrise fragile des mathématiques, voire de grandes difficultés. De surcroît les « vocations scientifiques » naissent tôt, de nombreuses enquêtes le montrent. Que comptez-vous faire pour remédier à cette situation et encourager les vocations scientifiques ?



JL Mélenchon

Le problème ici est double :
- d’une part, il concerne l’apprentissage des sciences à l’école primaire et au collège. Pour nous, le principal problème ici est celui des moyens, et nous nous engageons à recruter 60 000 enseignants.
- d’autre part, il convient de mieux faire connaître et valoriser les métiers scientifiques. Les chercheurs et enseignants-chercheurs seront incités à donner des conférences dans les lycées et l’association de classes du secondaire à des programmes scientifiques sera encouragée. Plus généralement, nous favoriserons toutes les initiatives de recherche participative. Les universités assureront également des cours libres ou « universités populaires » ouverts à tous et favorisant la transmission et la mise en discussion de la culture scientifique. Nous ouvrirons également sur les campus des « boutiques des sciences » permettant l’appropriation par les citoyens des produits de la science et de la technologie de pointe. Par ailleurs, sur toutes les questions où la recherche rencontre des préoccupations citoyennes, des comités mixtes citoyens / scientifiques seront créés.

N Dupont-Aignan

La transmission des savoirs doit redevenir la mission fondamentale de l’Éducation nationale. L’augmentation du temps consacré au calcul et au français est une nécessité (passer de 9 à 15h hebdomadaires en français en primaire) avec comme objectif qu’aucun enfant n’entre au collège sans maîtriser la lecture, l’écriture et le calcul. Un bilan des acquis à la fin du primaire sera instauré, avec mise à niveau obligatoire pour les élèves ne maîtrisant pas encore le B.A.-BA de la lecture, de l’écriture, de l’Histoire de France et des quatre opérations de calcul. N’autoriser le passage qu’après acquisition des apprentissages et savoirs fondamentaux. Dans le secondaire, il faut redonner un sens au collège unique en permettant une vraie diversification des parcours pour que chaque élève trouve sa place et l’enseignement qui corresponde à ses talents et ses intérêts.





 Formation permanente des enseignants

IV.2 Bien que les connaissances doublent tous les 30 ans dit-on, la formation continue des enseignants du primaire et du secondaire est pratiquement inexistante aujourd’hui. De plus seule une faible fraction des enseignants du primaire ont une formation initiale dans un domaine scientifique. Que comptez-vous faire pour y remédier et assurer la formation permanente des enseignants ?



JL Mélenchon

Afin de garantir une formation disciplinaire et universitaire optimale aux étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement, nous engagerons un plan de pré-recrutement à deux niveaux : bac et licence. Cela permettra également de garantir un vivier large, bien formé et socialement diversifié aux concours.
Les concours de recrutement des enseignants du secondaire seront maintenus au niveau du master et la formation en alternance des futurs professeurs certifiés (en particulier des pré-recrutés) après la licence inclura une part solide de formation disciplinaire couplée à une formation plus appliquée. Dans ce système de formation des professeurs, les heures d’enseignement que les futurs professeurs certifiés assureront durant leur formation serviront exclusivement à libérer des plages horaires pour la formation continue des enseignants déjà titulaires.
Les enseignants du primaire seront également couverts par ce dispositif de pré-recrutement, possible dès le baccalauréat, qui leur permettra de poursuivre sereinement des études supérieures jusqu’au niveau bac+5. Là encore, les heures d’enseignement des professeurs des écoles en formation initiale permettront de libérer du temps pour la formation continue des titulaires.
Cette formation continue se fera en partie à l’université, dans les ESPE, et portera à la fois sur la pédagogie et les avancées des sciences de l’éducation et sur les contenus proprement disciplinaires. Par ailleurs, afin d’étoffer l’offre de formation continue des enseignants et de garantir sa diversité sur le plan pédagogique (contre les « formations-formatage »), des mouvement pédagogiques agréés pourront se voir proposer des conventions avec l’Education Nationale afin de participer à la formation continue des enseignants. Enfin, nous garantirons le droit à la formation continue des enseignants en revenant sur l’autorisation préalable du chef d’établissement.

N Dupont-Aignan

Il faut réformer la structure et le contenu de la formation des enseignants en créant une licence pluridisciplinaire pour les professeurs des écoles, en réinstaurant les écoles normales pour le primaire et en reprenant le système des bourses contre engagement décennal dans le secondaire.

Des programmes de mise à niveau des enseignants pourront être mis en place, dans différents domaines, notamment ceux qui connaissent les évolutions les plus rapides comme les sciences, à échéance régulière.





 Les échecs à l’Université

IV.3 Les universités ont l’obligation d’accueillir l’ensemble d’une classe d’âge ayant obtenu le diplôme du baccalauréat. Or le taux d’échec aux diplômes dans les premières années est important, et il contribue au taux de chômage structurellement élevé en France. Comment réagir ?



JL Mélenchon

Les études quantitatives des sociologues Romuald Bodin et Sophie Orange ont démontré que le caractère sélectif ou non d’un cursus n’était pas fermement corrélé au taux d’échec qu’on y observe, ni à la proportion d’étudiants ne s’y inscrivant que faute de mieux. Nous récusons donc le lien implicite établi ici entre « obligation d’accueillir l’ensemble d’une classe d’âge ayant obtenu le diplôme du baccalauréat » et échec en licence. Pour nous, les facteurs fondamentaux de l’échec en licence sont :
- la précarité étudiante et le mal-logement massif des jeunes, qui obèrent gravement leur capacité à s’investir dans leurs études. L’allocation autonomie que nous proposons et un grand plan de construction de logements étudiants (de l’ordre de 15000 constructions par an) devraient largement y remédier.
- un déficit d’orientation en fin de lycée. Des forums du supérieur seront donc organisés dans tous les départements, et nous accélérerons les recrutements de conseillers d’orientation. Le cadre national des diplômes rétabli et porté par l’Université Nationale, permettra de garantir la transparence et la lisibilité de l’offre de formation, ainsi que des conditions d’accès.
- le sous-investissement dans les filières de licence, illustré par l’écart intolérable entre la dépense par étudiants dans les universités et ce qu’elle est en CPGE ou dans les « grandes écoles ». Un plan immobilier de grande ampleur, ainsi qu’une grande campagne de titularisation des précaires et de recrutement de nouveaux personnels fonctionnaires dans tous les corps de métier de l’université devraient pallier ces problèmes. L’effort de recrutement d’enseignants-chercheurs à l’université doit notamment permettre de faire baisser les effectifs dans les groupes de TD pour permettre de meilleures conditions de travail.

N Dupont-Aignan

Si le collège et le lycée ont pour mission essentielle d’amener chacun au plus haut de ses capacités, les formations supérieures ne peuvent se donner pour objectif de faire réussir tout le monde : elles appartiennent à un niveau différent, dont l’excellence doit être le mot-clé. On ne va pas à l’université pour être médiocre, mais pour posséder à fond telle ou telle matière, telle ou telle spécialisation. Il ne s’agit pas cependant de limiter les universités à une formation à la recherche : tous les étudiants n’ont pas vocation à devenir chercheurs, à moins de s’exposer à ne jamais rien trouver. L’enseignement supérieur tout à la fois conforte la culture, initie à la recherche et forme à des métiers. Je propose de :

• Garantir que toutes les formations proposées par la voie professionnelle (et uniquement celle-ci) aient de réels débouchés, pour répondre aux besoins de l’économie et s’assurer que les jeunes qui les suivront auront un avenir professionnel et ne seront pas « placés là » par défaut.
• Multiplier les bourses sur concours pour les jeunes de milieux modestes en les substituant aux bourses sur simples critères sociaux.
• Limiter le nombre de redoublements autorisés par filière et par année universitaire afin que des étudiants évitent de persévérer dans l’échec.





 Pluralité des missions

IV.4 Un statut unique régit actuellement les universités, ignorant la diversité de leurs missions. Faut-il développer des universités de recherche, véritablement autonomes, compétitives et attractives internationalement, et simultanément un tissu local d’universités au plus près des bassins d’emploi ? Si oui, combien d’Universités de recherche faut-il envisager ?



JL Mélenchon

Chaque université a peut-être des missions diverses (formation scientifique, qualification professionnelle, recherche, diffusion des connaissances scientifiques et techniques dans la société civile), mais cette pluralité de missions se joue à l’intérieur de chaque établissement et elle découle d’un seul et même objectif final, l’émancipation par le savoir.
De ce fait, aucune diversité de missions ne saurait fournir le prétexte à une partition du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche entre une poignée d’universités de recherche dé-territorialisées et gérées comme des multinationales du savoir et une masse d’universités de proximité secondarisées. Une université n’est viable que si elle est un lieu de recherche et de création. Des « universités de bassin » coupées de toute recherche fixeraient les enfants des classes moyennes et populaires dans leur milieu socio-économique, géographique et familial d’origine, sans leur offrir de perspective émancipatrice ni de véritable qualification professionnelle allant au-delà des besoins de court terme des entreprises locales.
La pluralité des missions de l’Université découle d’un seul objectif, l’émancipation. Partant de ce constat et de cet objectif, nous proposons de créer un cadre démocratique national de cadrage de l’enseignement supérieur qui coordonnerait toutes les universités publiques et aurait le monopole de la reconnaissance des grades reconnus par l’État. Il s’agit de veiller au suivi du cadre national des diplômes et à l’équité de la répartition des postes (notamment d’enseignants-chercheurs) sur tout le territoire.
Au demeurant, cela n’interdit pas celle d’universités expérimentales, notamment thématiques, si elles sont fondées sur les mêmes principes de création et de démocratisation du savoir. Cela vaut en particulier pour les domaines scientifiques et techniques touchant aux nouvelles frontières de l’humanité. Nous proposons notamment de créer une université internationale de la mer qui regrouperait des spécialistes des sciences et des métiers de la mer et du littoral et serait gérée en coopération avec tous les Etats désireux de se joindre à ce projet.

N Dupont-Aignan

Il faut établir un sas qui sera à la fois une reprise d’élan et un niveau requis pour continuer des études supérieures — un peu sur le modèle de ce qui se fait aux États-Unis dans la distinction entre « College » et « University ». Le mécénat, contre promesses d’embauches, d’entreprises privées qui voudraient investir et fournir des enseignements dans certaines fières au sein des universités doit être accru. Il ne s’agit cependant pas de s’acheminer vers une privatisation rampante de nos universités : les entreprises investisseuses ne sauraient prendre part aux décisions du conseil d’administration.





 Dualité du système

IV.5 L’enseignement français post bac a la particularité de faire coexister deux systèmes très différents qui communiquent peu : les universités et les grandes écoles. Quelle évolution envisagez-vous pour mieux articuler les deux systèmes ?



JL Mélenchon

Les Universités seront laïques et ouvertes à tous, emploieront des personnels fonctionnaires recrutés nationalement et affectés par mouvement dans les différents établissements membres, et enfin elle veillera au respect du cadre national des diplômes dans les différents établissements. Tous les « grands établissements » désireux d’opter pour ce statut seront accompagnés par l’État dans leurs démarches.
Les grandes écoles publiques, pour leur part, seront recentrées sur leurs missions propres, avec une double tutelle avec l’université à laquelle elles seront rattachées et le ministère concerné, pour lequel l’école agira comme un dispositif de pré-recrutement. C’est ainsi que l’Ecole des Ponts aura un rôle important à jouer dans la formation des ingénieurs d’État qui accompagneront la transition écosocialiste ; les Arts et Métiers et l’Ecole Centrale formeront des ingénieurs du génie et des travaux publics ; Polytechnique, des spécialistes de recherche duale ; etc. Les anciens élèves devront rembourser l’intégralité des traitements perçus s’ils ne respectent pas leur engagement décennal. Enfin, les ENS maintenues auront une place entière et constitueront un dispositif de pré-recrutement pour les carrières de l’enseignement et de la recherche, mais ne délivrerons plus de diplômes ; les Normaliens seront à nouveau formés à l’Université.

N Dupont-Aignan

Je défends un enseignement supérieur du mérite et de l’effort, véritable moteur de l’ascension sociale. Il ne doit en aucun cas exister de sous-catégories ni de privilégiés dans le paysage français de l’enseignement supérieur. C’est pourquoi nous devons généraliser les synergies entre grandes écoles et universités qui commencent déjà à se mettre en place. Mais il s’agit d’aller encore plus loin en trouvant un juste équilibre.
Tout d’abord il faut lutter contre l’accès inégalitaire aux grandes écoles : la reproduction sociale qui y règne est principalement due au coût financier qu’elles impliquent pour les familles et les étudiants. Les jeunes des classes populaires sont les premières victimes du renforcement des inégalités sociales au sein des grandes écoles puisqu’ils y représentaient 20% des étudiants en 1965 contre 9% en moyenne aujourd’hui ! L’État doit garantir la gratuité des concours pour les grandes écoles qui rackettent aujourd’hui les étudiants souhaitant les intégrer. Tout jeune sera ainsi placé à égalité devant la même épreuve. Il faut également diminuer fortement les frais de scolarité qui conduisent souvent nos jeunes à s’endetter et/ou travailler parallèlement à leurs études, ce qui peut pénaliser leurs résultats.
Ensuite, il faut inciter les universités à renforcer leurs exigences à travers l’augmentation du nombre d’heures de cours sur les deux premières années ou encore l’obligation de présence effective aux cours. Comme pour les grandes écoles, nous défendons une sélection à l’Université concernant les filières qui ont des problèmes de débouchés et sommes favorables à étendre ce dispositif aux formations qui le nécessitent, notamment en Master. Il faut redonner un sens au mérite au sein du parcours universitaire.
La rivalité entre universités et grandes écoles n’aura plus lieu d’être une fois démocratisé l’accès à un enseignement supérieur de qualité : un accès qui place la récompense du mérite comme valeur fondamentale.