Questions de science
et de technologie


 Crise des vocations scientifiques

IV.1. D’après les rapports du CNESCO, 39% des élèves sont en difficulté à la sortie de l’école primaire et 42 % ont une maîtrise fragile des mathématiques, voire de grandes difficultés. De surcroît les « vocations scientifiques » naissent tôt, de nombreuses enquêtes le montrent. Que comptez-vous faire pour remédier à cette situation et encourager les vocations scientifiques ?



JL Mélenchon

Le problème ici est double :
- d’une part, il concerne l’apprentissage des sciences à l’école primaire et au collège. Pour nous, le principal problème ici est celui des moyens, et nous nous engageons à recruter 60 000 enseignants.
- d’autre part, il convient de mieux faire connaître et valoriser les métiers scientifiques. Les chercheurs et enseignants-chercheurs seront incités à donner des conférences dans les lycées et l’association de classes du secondaire à des programmes scientifiques sera encouragée. Plus généralement, nous favoriserons toutes les initiatives de recherche participative. Les universités assureront également des cours libres ou « universités populaires » ouverts à tous et favorisant la transmission et la mise en discussion de la culture scientifique. Nous ouvrirons également sur les campus des « boutiques des sciences » permettant l’appropriation par les citoyens des produits de la science et de la technologie de pointe. Par ailleurs, sur toutes les questions où la recherche rencontre des préoccupations citoyennes, des comités mixtes citoyens / scientifiques seront créés.

N Dupont-Aignan

La transmission des savoirs doit redevenir la mission fondamentale de l’Éducation nationale. L’augmentation du temps consacré au calcul et au français est une nécessité (passer de 9 à 15h hebdomadaires en français en primaire) avec comme objectif qu’aucun enfant n’entre au collège sans maîtriser la lecture, l’écriture et le calcul. Un bilan des acquis à la fin du primaire sera instauré, avec mise à niveau obligatoire pour les élèves ne maîtrisant pas encore le B.A.-BA de la lecture, de l’écriture, de l’Histoire de France et des quatre opérations de calcul. N’autoriser le passage qu’après acquisition des apprentissages et savoirs fondamentaux. Dans le secondaire, il faut redonner un sens au collège unique en permettant une vraie diversification des parcours pour que chaque élève trouve sa place et l’enseignement qui corresponde à ses talents et ses intérêts.

E. Macron

Le niveau des élèves en sciences, en mathématiques en particulier, est préoccupant, comme en témoignent les évaluations internationales de notre système éducatif. Ces études indiquent également que le déterminisme social pèse beaucoup sur les compétences des élèves en France. Cela constitue un handicap à la fois scientifique et social car il est à craindre que les vocations scientifiques ne soient pas encouragées comme elles le devraient, notamment dans les milieux les moins favorisés.
Lorsqu’on parle de « vocation » on parle d’un appel et d’une passion. Mais cette passion se cultive, et cet appel doit résonner avec d’autres individus pour se traduire par un engagement dans la recherche. Pour susciter davantage de vocations scientifiques, plusieurs moyens se trouvent à notre disposition :
• Améliorer la qualité de la formation initiale ;
• Redonner toute leur place aux disciplines scientifiques dans l’ensemble des cursus proposés au lycée ;
• Nous initierons un plan ambitieux concernant les mathématiques en particulier, en lien avec la recherche, la formation continue et la formation initiale, de façon à faire évoluer la didactique des mathématiques et les pratiques d’apprentissage en classe.
La formation continue offre également des ressources qui pourront être mobilisées, notamment pour les enseignants, mais pas seulement.
Enfin, une vocation peut naître en classe, mais elle peut aussi naître ailleurs : c’est tout l’enjeu de l’accès à la culture, et en l’occurrence à la culture scientifique et technique. De plus en plus d’initiatives extrêmement innovantes fleurissent partout en France pour rendre plus accessible notre culture scientifique, au croisement de l’éducation populaire, des connaissances savantes et des nouvelles pratiques numériques. De telles initiatives seront soutenues, notamment par les Régions, qui sont compétentes en la matière. L’ouverture des bibliothèques le soir et le week-end jouera également un rôle important dans la facilitation de l’accès à la culture scientifique et technique.

F. Fillon

Les trois quarts du temps d’enseignement primaire doivent être consacrés à l’acquisition d’un socle de connaissances, constitué de la lecture, de l’écriture, du calcul, de la chronologie de l’histoire de la nation et de la géographie de la France. Le quart restant concernera l’ouverture sur le monde et les enjeux contemporains, incluant notamment la découverte des sciences, la culture numérique, l’éducation à l’environnement. La scolarité obligatoire commencera à 5 ans, au lieu de 6 aujourd’hui, pour donner une année supplémentaire d’apprentissage de la lecture et du calcul. La maîtrise des fondamentaux et la découverte des sciences sont les conditions indispensables à la stimulation de la curiosité naturelle des enfants et à la naissance de vocations scientifiques.

B. Hamon

Cette situation est préoccupante : la France est un grand pays scientifique, avec des chercheurs qui comptent parmi les meilleurs au monde, mais une forme de fracture scientifique divise la population, entre une petite partie très performante et une grande partie dont le rapport aux sciences est difficile. Pour y remédier il faut agir suivant plusieurs directions.
Renforcer la formation des enseignants : ceux-ci doivent être en contact avec l’évolution de la science elle-même, mais aussi avec les travaux de recherche sur l’éducation. Cela doit s’inscrire dès la formation initiale mais aussi tout au long de leur vie : je lancerai un grand plan de formation continue des enseignants leur permettant de bénéficier chaque année de 3 à 10 jours de formation. Un bilan des maisons pour la science, qui ont été fondées pour développer l’approche initiée par Georges Charpak d’un apprentissage des sciences ancré dans l’expérimentation, sera effectué afin d’envisager leur développement. Celles-ci permettent aux enseignants d’étendre leurs pratiques pédagogiques scientifiques et de donner plus de sens aux apprentissages.
La revalorisation des conditions de travail des enseignants que je propose est aussi nécessaire pour susciter des vocations chez les étudiants en science pour qu’ils se dirigent vers le professorat. J’agirai au niveau du salaire, de la première affectation, mais aussi en favorisant la création de collectifs de travail, permettant des croisements inter-disciplinaires plus nombreux.
Le dispositif d’étudiant apprenti professeur est destiné à soutenir les étudiants qui souhaitent s’orienter vers le métier de professeur. Il peut devenir un bon levier pour attirer des jeunes dans les secteurs où on manque de candidats, comme les mathématiques. J’en ferai réaliser un bilan dès que nous aurons un peu de recul, le dispositif datant de 2016, et le développerai si les résultats sont bons.
Plus généralement, le renforcement de l’attractivité des filières scientifiques est nécessaire. Celle-ci a repris depuis 2012 : le nombre de bacheliers S poursuivant des études supérieures scientifiques a augmenté de 40%. Il faut prolonger cette tendance, en agissant sur l’orientation et en soutenant les actions de culture scientifique et technique, qui permettent de voir les sciences sous des regards variés. Une attention particulière sera portée à l’orientation des étudiantes, qui sont trop peu nombreuses dans beaucoup de disciplines porteuses de très bons débouchés, comme le numérique par exemple.
La stratégie mathématiques lancée en 2014 est un bon exemple d’action : elle agit conjointement sur les programmes, la formation des enseignants, l’image des mathématiques. Il pourrait être intéressant d’étendre cette démarche aux autres disciplines scientifiques.

N. Arthaud

En France près de 40% des élèves issus de milieux défavorisés sont effectivement en difficulté. Les gouvernements mis en place par Chirac, Sarkozy et Hollande se partagent la responsabilité de cet échec. Sarkozy avait supprimé 80 000 postes d’enseignants. Hollande avait promis de faire de l’école une priorité et de recréer 60 000 postes mais, le nombre d’élèves ayant augmenté du fait de la démographie, l’encadrement n’a pas pour autant été amélioré.
Dans les écoles, les collèges et les lycées, on se retrouve donc toujours dans la même situation. Toute une partie des élèves de familles populaires ne peuvent acquérir au début de l’école primaire les bases nécessaires pour poursuivre leur scolarité, et les enseignants sont bien incapables d’y remédier, faute de moyens pour travailler en petit groupe ou individuellement. Ces élèves poursuivent ensuite une scolarité chaotique émaillée de quelques redoublements, au moins jusqu’à leurs 16 ans, qui sonnent la fin de la scolarité obligatoire.
Pour que cela change, il faudrait consacrer l’agent public à l’éducation au lieu de la distribuer, à perte, au grand patronat.

J. Lassalle

Les élèves de cet âge n’ont pas vécu eux-mêmes grand-chose, alors comment peuvent-ils se libérer des stéréotypes ? Comment faire un choix personnel ? Ils reçoivent une éducation trop sèche et coupée des réalités, enfermés dans une boîte de 3 ans à 16 ou 18 ans. Peut-on faire l’économie de la vraie vie ?

Je serais heureux que tous les élèves découvrent l’artisanat, le travail, et aussi la vie de la ferme, apprennent à planter comme à arracher, à traire la vache ou à brosser le cheval et pourquoi pas… à tuer une poule. Ne serait-ce que pour comprendre qu’on la mange et la valeur de la vie.

Et je crois que nous aurions tout intérêt à permettre à des adolescents une alternance, entre le collège et le monde extérieur, beaucoup plus tôt qu’à 16 ans. Pour tous, pas seulement pour ceux qui seraient « orientés » vers des filières « professionnalisantes ».

Je veux que l’école donne confiance, pour aider chacun à trouver sa voie. Il doit être possible de changer d’orientation sans que ce soit vécu comme un drame, à mesure que le jeune discerne ses propres aspirations et son avenir.

Ainsi les filles, en particulier, se sentiront plus en confiance pour aller vers des disciplines et des carrières scientifiques, et sans doute, les garçons plus en confiance pour aller vers des filières littéraires !





 Formation permanente des enseignants

IV.2 Bien que les connaissances doublent tous les 30 ans dit-on, la formation continue des enseignants du primaire et du secondaire est pratiquement inexistante aujourd’hui. De plus seule une faible fraction des enseignants du primaire ont une formation initiale dans un domaine scientifique. Que comptez-vous faire pour y remédier et assurer la formation permanente des enseignants ?



JL Mélenchon

Afin de garantir une formation disciplinaire et universitaire optimale aux étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement, nous engagerons un plan de pré-recrutement à deux niveaux : bac et licence. Cela permettra également de garantir un vivier large, bien formé et socialement diversifié aux concours.
Les concours de recrutement des enseignants du secondaire seront maintenus au niveau du master et la formation en alternance des futurs professeurs certifiés (en particulier des pré-recrutés) après la licence inclura une part solide de formation disciplinaire couplée à une formation plus appliquée. Dans ce système de formation des professeurs, les heures d’enseignement que les futurs professeurs certifiés assureront durant leur formation serviront exclusivement à libérer des plages horaires pour la formation continue des enseignants déjà titulaires.
Les enseignants du primaire seront également couverts par ce dispositif de pré-recrutement, possible dès le baccalauréat, qui leur permettra de poursuivre sereinement des études supérieures jusqu’au niveau bac+5. Là encore, les heures d’enseignement des professeurs des écoles en formation initiale permettront de libérer du temps pour la formation continue des titulaires.
Cette formation continue se fera en partie à l’université, dans les ESPE, et portera à la fois sur la pédagogie et les avancées des sciences de l’éducation et sur les contenus proprement disciplinaires. Par ailleurs, afin d’étoffer l’offre de formation continue des enseignants et de garantir sa diversité sur le plan pédagogique (contre les « formations-formatage »), des mouvement pédagogiques agréés pourront se voir proposer des conventions avec l’Education Nationale afin de participer à la formation continue des enseignants. Enfin, nous garantirons le droit à la formation continue des enseignants en revenant sur l’autorisation préalable du chef d’établissement.

N Dupont-Aignan

Il faut réformer la structure et le contenu de la formation des enseignants en créant une licence pluridisciplinaire pour les professeurs des écoles, en réinstaurant les écoles normales pour le primaire et en reprenant le système des bourses contre engagement décennal dans le secondaire.

Des programmes de mise à niveau des enseignants pourront être mis en place, dans différents domaines, notamment ceux qui connaissent les évolutions les plus rapides comme les sciences, à échéance régulière.

E. Macron

Formation continue et formation initiale des enseignants sont deux sujets évidemment liés. La qualité d’un enseignement se fonde sur des savoirs et des pratiques acquis en grande partie au cours de la formation initiale. Nous étendrons la formation initiale en alternance dès la licence pour les étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement. Les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) relevant des universités, l’autonomie pédagogique que nous voulons redonner aux universités vaudra également pour la formation des enseignants.
Je souhaite aussi mettre en place une formation permanente consistant à permettre chaque année, à tout enseignant, du premier comme du second degré, de bénéficier d’au moins trois jours de formation continue adaptée aux besoins rencontrés dans sa classe – identifiés notamment grâce aux bilans personnalisés effectués pour chaque élève en début d’année.
Concernant en particulier la formation des enseignants en sciences, et en mathématiques en particulier, alors que huit enseignants sur dix ont suivi un cursus de lettres et de sciences humaines, je considère qu’il est
essentiel de réconcilier les étudiants des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) avec les mathématiques et les sciences. L’extension de l’alternance dès la licence pour les étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement favorisera notamment le pré-recrutement d’enseignants dans les disciplines scientifiques.

F. Fillon

La formation initiale des professeurs des écoles devra comporter une formation disciplinaire complémentaire à celle de leurs études antérieures, de sorte qu’ils acquièrent les compétences nécessaires en français, en mathématiques et en histoire avant d’enseigner.
La formation continue de l’ensemble des enseignants doit être personnalisée et doit compléter la formation initiale tout au long de la carrière. Elle doit leur permettre d’évoluer dans leur parcours professionnel, en acquérant une bivalence ou une capacité à enseigner leur discipline dans une langue étrangère, ou en se préparant à de nouvelles responsabilités dans l’éducation nationale ou d’autres secteurs, publics ou privés. Cette formation devra s’appuyer davantage qu’aujourd’hui sur des ressources numériques.

B. Hamon

Cette question est au cœur de mon projet éducatif. Je mettrai en œuvre un grand plan de formation continue des enseignants pour valoriser leur travail au numérique. Cela suppose la création de 15 000 postes pour la formation continue.
Cette formation continue concernera aussi l’actualisation des connaissances scientifiques, en lien avec les universitaires, afin que chaque enseignant puisse être en phase avec les savoirs les plus récents. Mais elle portera aussi sur les pratiques scientifiques expérimentales, afin de permettre aux enseignants de mettre en place des dispositifs pédagogiques appuyés sur l’expérimentation par les élèves (voir question 4.1).
Enfin, je souhaite développer la recherche concernant l’éducation. Pendant trop longtemps on a opposé, et c’est stérile, les tenants des savoirs disciplinaires et ceux qui travaillent sur la pédagogie. Or il n’y a pas de bon enseignement sans avoir à la fois une maîtrise des savoirs, et une compréhension des formes d’apprentissage.

N. Arthaud

Des moyens, encore des moyens, toujours des moyens…

J. Lassalle

Faisons confiance aux enseignants. Tous ont au cœur l’espoir de voir le regard de leurs élèves s’illuminer parce qu’ils auront compris, parce qu’ils seront en train de réussir. Tous veulent éveiller de futurs adultes responsables.

Je propose que nous remplacions « l’inspection » par un service de l’innovation et de la formation, composé d’enseignants-conseils, qui tous exerceront en parallèle, à temps partiel. Ils seront à la disposition des enseignants, que ce soit par téléphone, messagerie, ou en leur rendant visite dans leur classe. Ils remettraient leurs observations et leurs conseils à l’enseignant conseillé et lui seul, sauf bien sûr s’ils détectent un danger qui appelle une action urgente.

Le service de l’innovation et de la formation aura pour mission de tenir les enseignants au courant des nouveaux outils et des meilleures pratiques en matière pédagogique, dans le monde entier.

Le service de l’innovation et de la formation organisera des échanges d’enseignants, sur des durées de quelques semaines ou quelques années, avec les pays francophones intéressés ou avec d’autres pays européens. Les réseaux ainsi tissés achemineront les idées et les expériences d’un pays à l’autre.





 Les échecs à l’Université

IV.3 Les universités ont l’obligation d’accueillir l’ensemble d’une classe d’âge ayant obtenu le diplôme du baccalauréat. Or le taux d’échec aux diplômes dans les premières années est important, et il contribue au taux de chômage structurellement élevé en France. Comment réagir ?



JL Mélenchon

Les études quantitatives des sociologues Romuald Bodin et Sophie Orange ont démontré que le caractère sélectif ou non d’un cursus n’était pas fermement corrélé au taux d’échec qu’on y observe, ni à la proportion d’étudiants ne s’y inscrivant que faute de mieux. Nous récusons donc le lien implicite établi ici entre « obligation d’accueillir l’ensemble d’une classe d’âge ayant obtenu le diplôme du baccalauréat » et échec en licence. Pour nous, les facteurs fondamentaux de l’échec en licence sont :
- la précarité étudiante et le mal-logement massif des jeunes, qui obèrent gravement leur capacité à s’investir dans leurs études. L’allocation autonomie que nous proposons et un grand plan de construction de logements étudiants (de l’ordre de 15000 constructions par an) devraient largement y remédier.
- un déficit d’orientation en fin de lycée. Des forums du supérieur seront donc organisés dans tous les départements, et nous accélérerons les recrutements de conseillers d’orientation. Le cadre national des diplômes rétabli et porté par l’Université Nationale, permettra de garantir la transparence et la lisibilité de l’offre de formation, ainsi que des conditions d’accès.
- le sous-investissement dans les filières de licence, illustré par l’écart intolérable entre la dépense par étudiants dans les universités et ce qu’elle est en CPGE ou dans les « grandes écoles ». Un plan immobilier de grande ampleur, ainsi qu’une grande campagne de titularisation des précaires et de recrutement de nouveaux personnels fonctionnaires dans tous les corps de métier de l’université devraient pallier ces problèmes. L’effort de recrutement d’enseignants-chercheurs à l’université doit notamment permettre de faire baisser les effectifs dans les groupes de TD pour permettre de meilleures conditions de travail.

N Dupont-Aignan

Si le collège et le lycée ont pour mission essentielle d’amener chacun au plus haut de ses capacités, les formations supérieures ne peuvent se donner pour objectif de faire réussir tout le monde : elles appartiennent à un niveau différent, dont l’excellence doit être le mot-clé. On ne va pas à l’université pour être médiocre, mais pour posséder à fond telle ou telle matière, telle ou telle spécialisation. Il ne s’agit pas cependant de limiter les universités à une formation à la recherche : tous les étudiants n’ont pas vocation à devenir chercheurs, à moins de s’exposer à ne jamais rien trouver. L’enseignement supérieur tout à la fois conforte la culture, initie à la recherche et forme à des métiers. Je propose de :

• Garantir que toutes les formations proposées par la voie professionnelle (et uniquement celle-ci) aient de réels débouchés, pour répondre aux besoins de l’économie et s’assurer que les jeunes qui les suivront auront un avenir professionnel et ne seront pas « placés là » par défaut.
• Multiplier les bourses sur concours pour les jeunes de milieux modestes en les substituant aux bourses sur simples critères sociaux.
• Limiter le nombre de redoublements autorisés par filière et par année universitaire afin que des étudiants évitent de persévérer dans l’échec.

E. Macron

Ce ne sont pas les universités qui ont l’obligation d’accueillir l’ensemble d’une classe d’âge, c’est tout le système d’enseignement supérieur. Il y a là une grande différence : les universités doivent être largement ouvertes, mais il est absurde de leur demander l’impossible au regard des missions qui sont les leurs. J’ai cependant le devoir d’être lucide. Il y a un important taux d’échec aux diplômes de premier cycle universitaire. Il faut y apporter des réponses.
Il faut mieux préparer nos étudiants à l’entrée dans l’enseignement supérieur et la recherche, mieux les orienter, et garantir leurs chances de réussite dans les formations qu’ils vont suivre.
Nous allons d’abord réviser le format de l’épreuve du baccalauréat. Il y aura à l’avenir 4 matières obligatoires à l’examen final, et le reste des épreuves fera l’objet d’un contrôle continu. L’importance conférée au contrôle continu met l’accent sur l’acquisition de savoirs et de compétences dans la durée. Car c’est la solidité des acquis qui garantit la réussite des élèves dans l’enseignement supérieur.
D’autre part, nous allons renforcer l’accompagnement et les dispositifs d’orientation au collège et au lycée. Et cela se poursuivra dans l’enseignement supérieur : en effet, chaque établissement devra publier en toute transparence les taux de réussite et les débouchés professionnels de ses anciens étudiants pour chacune des formations qu’il propose. Chaque étudiant pourra ainsi s’orienter vers une formation en connaissance de cause. Pour éviter l’autocensure d’étudiants issus de milieux modestes, et pour aider chacun à trouver sa voie, chaque établissement devra également assurer un accompagnement pédagogique personnalisé pour chaque étudiant.
En outre, pour donner aux étudiants toutes leurs chances de réussite en premier cycle universitaire, chaque université devra préciser, en toute transparence, les prérequis de chacune des formations qu’elle propose. Avec les prérequis, ce que je veux pour nos étudiants de premier cycle, c’est qu’ils puissent pleinement s’investir et s’épanouir dans leur formation, avec davantage de chances de réussite et donc d’insertion professionnelle. C’est tout le contraire d’une sélection.
Effectuer une ou plusieurs années d’études dans le supérieur représente un investissement humain, psychologique et financier : on ne plus continuer à laisser des étudiants peu préparés suivre n’importe quelle formation, sans nous soucier de leur devenir. L’université ne doit pas être le lieu de l’errance en matière d’orientation, mais le lieu de l’élaboration d’un projet académique et professionnel. Pour cela, il est essentiel que l’étudiant soit davantage accompagné et responsabilisé. A cette fin, je mettrai en oeuvre une proposition simple et pratique : un « contrat de réussite » sera conclu entre chaque étudiant et son établissement. Il définira en fonction du profil de l’étudiant et de son projet les caractéristiques du parcours de formation qui lui permettra de réussir.
Enfin pour que le système fonctionne et que chacun trouve sa place nous allons ouvrir 100 000 places de formations courtes professionnalisantes du supérieur, en concertant en profondeur avec les acteurs éducatifs et économiques du territoire. Nous devons absolument revaloriser ces formations, laisser les acteurs libres de les renouveler pour permettre aux étudiants qui le souhaitent ou qui le doivent de trouver rapidement un
emploi. La reprise d’étude tout au long de la vie sera ouverte avec la mise en place de véritables universités de la formation tout au long de la vie.
C’est donc un changement global que je propose, et c’est un tout : augmentation et renouvellement de l’offre de formations, plus différenciées, plus courtes, plus professionnalisantes ; réforme de l’orientation et instauration d’un système de pré-requis pour augmenter l’information pertinente pour que les étudiants fassent leurs choix ; et un contrat de réussite entre l’établissement et l’étudiant.

F. Fillon

L’Etat a le devoir de garantir l’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur, ce qui ne signifie pas que cela offre le droit d’accéder à n’importe quelle formation. Le premier grade universitaire est le baccalauréat et il doit permettre un accès réussi à l’université. Le lycée doit présenter aux élèves les différentes filières de l’enseignement supérieur, leurs débouchés, leurs exigences. Les universités feront connaître, pour leurs différents parcours de licence, les matières principales qu’elles recommandent de choisir en terminale, « prérequis » clés d’un succès. Le baccalauréat comportera quatre épreuves – une en français passée en fin de classe de première – et trois choisies par le lycéen, passées en fin de terminale, comptant pour 60% des résultats et portant sur des disciplines utiles à son insertion dans sa future filière dans l’enseignement supérieur. Dans les filières en tension, les universités choisiront des étudiants qui se seront préparés dès le lycée à la voie d’enseignement supérieur pour laquelle ils postulent, qui s’y seront particulièrement investis et qui ont l’envie et le talent pour y réussir.

B. Hamon

Il faut d’abord analyser complètement la situation. Les possibilités de passerelles sont importantes en France, et au final 82% de ceux qui entrent dans l’enseignement supérieur en sortent avec un diplôme : c’est au-dessus de la moyenne de l’OCDE. Mais cela se fait souvent au prix de parcours sinueux qui peuvent être vécus comme des échecs. Je me place dans la lignée de la Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur et formule ma réponse en quatre temps :
1. Elargir l’offre de formation. Pour cela, il faudra créer de nouvelles places de BTS et en IUT, qui offrent de bonnes formations dans lesquelles les bacheliers technologiques et professionnels réussissent mieux, en général, qu’en Licence. Les initiatives prises par les universités pour créer des parcours mieux adaptés à la diversité des publics, en particulier en proposant un renforcement pour ceux qui en ont besoin, seront soutenues y compris financièrement.
2. Renforcer l’orientation, afin que chaque bachelier puisse trouver sa place dans une formation adaptée, alors que trop souvent des étudiants s’inscrivent en Licence par défaut : c’est un gros facteur d’échec. Cela permettra aussi de lutter contre les phénomènes de mode qui conduisent à ce que de trop nombreux étudiants se retrouvent dans les mêmes filières, quand d’autres sont délaissées alors même qu’elles ont de très bons débouchés.
3. Soutenir l’innovation pédagogique afin d’offrir un enseignement où l’étudiant joue un rôle plus actif, où il est plus investi dans des projets et des activités de groupe. C’est à la fois un facteur d’implication donc de réussite, et de développement de compétences nécessaires dans le monde actuel.
4. Accompagner financièrement l’augmentation du nombre d’étudiants et améliorer les conditions d’études. C’est pourquoi je m’engage à augmenter le budget de l’ESR d’un milliard d’euros supplémentaires. Cela permettra de créer les emplois nécessaires à accompagner l’amélioration de la formation, mais aussi les conditions de vie étudiante (revenu universel, logement, accès à des espaces de travail, développement de la vie sur les campus) qui sont aussi des facteurs d’intégration universitaire et de réussite étudiante.

N. Arthaud

Le taux d’échec à l’université et le taux de chômage ne sont pas structurellement reliés. Le taux de chômage est avant tout le produit du rapport de forces entre la classe capitaliste et le monde du travail. La classe capitaliste, en période de crise, accroit l’exploitation des travailleurs en contraignant des millions d’entre eux au chômage et ceux qui ont un travail à des horaires sans fin et des cadences folles.
Quant au taux d’échec à l’université, il faut sans doute chercher l’explication dans le délabrement de l’enseignement supérieur. L’enseignement supérieur a été engagé dans une course désastreuse au désengagement financier de l’État, que le gouvernement soit de gauche ou de droite.
Sous prétexte de rendre les établissements « autonomes », la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (dite loi LRU ou loi Pécresse), adoptée en 2007 sous le gouvernement Fillon-Sarkozy a tout simplement dépouillé du financement public nécessaire, les 83 universités du pays. Quelques années après que cette loi soit entrée en vigueur, certaines universités sont incapables de boucler leur budget et placées sous tutelle publique, d’autres font face à de graves difficultés financières. Elles suppriment des postes et des dizaines de milliers d’heures d’enseignement. Les universités sont surchargées. On nous abreuve de « de liberté et d’autonomie » pour faire passer en contrebande la diminution des postes et des budgets. Il y a eu 45 000 étudiants de plus à la rentrée 2016 (sur 2,5 millions de jeunes dans l’enseignement supérieur, dont 1,5 million à l’université), mais 7 000 enseignants de moins depuis 2009, selon les syndicats. Dans l’enseignement supérieur comme dans tous les services publics, l’argent public doit servir à créer les emplois qui manquent.

J. Lassalle

Je ne sais pas, et je crois que pas grand monde ne sait, d’où vient ce taux d’échec. Quelle est la responsabilité des universités elles-mêmes ? Quelle est la part de jeunes qui s’inscrivent en université simplement parce qu’ils ont eu le bac et qu’il a fallu répondre à APB, mais qui sont déjà découragés des études et se demandent quelle voie suivre ?

Je veux rétablir, pour les jeunes à l’âge du baccalauréat, 18 ans, le Service National.

Je l’étendrai à tous les jeunes, garçons et filles. Je veux que chacun, à l’entrée dans la vie active, vive l’expérience de missions réussies, dans l’intérêt de la société, conduites en commun avec d’autres.

Chacun choisira la façon dont il veut servir, civile ou militaire. Mes parents ont accueilli pendant les années 1970 et 1980, dans la ferme familiale, des objecteurs de conscience ; pour certains, la loi de l’époque ne leur accordait pas de statut. Ils auraient été tellement heureux, eux qui ne voulaient pas porter d’armes, qu’un service civil leur soit ouvert ! Cela n’aurait que magnifié les services qu’ils rendaient.

Les jeunes en service national seront envoyés sur le territoire, en groupes organisés, encadrés et formés, là où on a besoin d’eux. Les préfets en seront chargés. Les besoins sont immenses, dans les villes comme dans les campagnes. Beaucoup de territoires sont à nettoyer sinon ils risquent d’être emportés par le feu. L’Office National des Forêts, plus vieille administration, n’a plus personne pour travailler à entretenir la forêt, ils sont devenus des surveillants et des censeurs. Les Chambres d’agriculture et les organisations agricoles, les agglomérations et communautés de communes, auraient tant de travaux d’entretien à faire, si on leur envoyait les bras pour les faire.

Combien trouveront aussi à s’épanouir auprès des personnes âgées, des handicapés, et dans toute forme d’action sociale.

C’est la disposition la plus chère de mon programme, 10 milliards d’euros, mais nous en avons besoin pour retrouver l’ensemble de la jeunesse française, qui est aujourd’hui morcelée.

Je crois que le Service les lancera dans la vie, les aidera à trouver leur vocation, et qu’ils s’impliqueront complètement dans leurs études, parce qu’ils sauront pourquoi ils sont là et où ils veulent aller.





 Pluralité des missions

IV.4 Un statut unique régit actuellement les universités, ignorant la diversité de leurs missions. Faut-il développer des universités de recherche, véritablement autonomes, compétitives et attractives internationalement, et simultanément un tissu local d’universités au plus près des bassins d’emploi ? Si oui, combien d’Universités de recherche faut-il envisager ?



JL Mélenchon

Chaque université a peut-être des missions diverses (formation scientifique, qualification professionnelle, recherche, diffusion des connaissances scientifiques et techniques dans la société civile), mais cette pluralité de missions se joue à l’intérieur de chaque établissement et elle découle d’un seul et même objectif final, l’émancipation par le savoir.
De ce fait, aucune diversité de missions ne saurait fournir le prétexte à une partition du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche entre une poignée d’universités de recherche dé-territorialisées et gérées comme des multinationales du savoir et une masse d’universités de proximité secondarisées. Une université n’est viable que si elle est un lieu de recherche et de création. Des « universités de bassin » coupées de toute recherche fixeraient les enfants des classes moyennes et populaires dans leur milieu socio-économique, géographique et familial d’origine, sans leur offrir de perspective émancipatrice ni de véritable qualification professionnelle allant au-delà des besoins de court terme des entreprises locales.
La pluralité des missions de l’Université découle d’un seul objectif, l’émancipation. Partant de ce constat et de cet objectif, nous proposons de créer un cadre démocratique national de cadrage de l’enseignement supérieur qui coordonnerait toutes les universités publiques et aurait le monopole de la reconnaissance des grades reconnus par l’État. Il s’agit de veiller au suivi du cadre national des diplômes et à l’équité de la répartition des postes (notamment d’enseignants-chercheurs) sur tout le territoire.
Au demeurant, cela n’interdit pas celle d’universités expérimentales, notamment thématiques, si elles sont fondées sur les mêmes principes de création et de démocratisation du savoir. Cela vaut en particulier pour les domaines scientifiques et techniques touchant aux nouvelles frontières de l’humanité. Nous proposons notamment de créer une université internationale de la mer qui regrouperait des spécialistes des sciences et des métiers de la mer et du littoral et serait gérée en coopération avec tous les Etats désireux de se joindre à ce projet.

N Dupont-Aignan

Il faut établir un sas qui sera à la fois une reprise d’élan et un niveau requis pour continuer des études supérieures — un peu sur le modèle de ce qui se fait aux États-Unis dans la distinction entre « College » et « University ». Le mécénat, contre promesses d’embauches, d’entreprises privées qui voudraient investir et fournir des enseignements dans certaines fières au sein des universités doit être accru. Il ne s’agit cependant pas de s’acheminer vers une privatisation rampante de nos universités : les entreprises investisseuses ne sauraient prendre part aux décisions du conseil d’administration.

E. Macron

Voir la réponse à la question IV.5 (ci-dessous)

F. Fillon

Toutes les universités ne font pas la même chose. Certaines développent une recherche à un niveau mondial - le premier programme d’investissements d’avenir (PIA1) a permis de soutenir l’émergence de 9 pôles universitaires pluridisciplinaires de dimension mondiale (Idex) et de 9 autres pôles moins larges thématiquement. D’autres universités, non moins ambitieuses, travaillent principalement à amener leurs étudiants au niveau licence et à les insérer professionnellement. Il convient de ne pas opposer les unes aux autres. Le paysage de l’enseignement supérieur est à géométrie variable, toutes les universités qui portent pleinement leur stratégie et leurs partenariats offriront des parcours d’avenir à leurs étudiants, et les projets de qualité développés par les équipes de recherche et les enseignants chercheurs doivent être soutenus.

B. Hamon

Le fondement de l’université, d’associer étroitement la recherche et la formation, ne signifie pas que toutes les universités peuvent développer des travaux de recherche dans toutes les thématiques scientifiques, mais que les formations proposées doivent être adossées à la recherche. Des différences importantes existent aujourd’hui entre les universités, et on trouve de « petites » universités, en taille, qui développent des thématiques de recherche originales dans lesquelles elles peuvent avoir un très bon niveau, et des formations dont les diplômés sont recherchés. L’enjeu, plutôt que d’établir une hiérarchie dont le danger serait que les universités qui ne sont pas considérés comme « de recherche » se désinvestissent de celle-ci et perdent en qualité, est de renforcer les coopérations entre les établissements en s’appuyant sur leurs atouts respectifs. Ce sont les regroupements d’établissements, fédérant les forces scientifiques, qui permettront à la fois d’acquérir une visibilité internationale, de porter la recherche au meilleur niveau, et d’offrir des formations en prise avec l’avancée des sciences.
En revanche, il faut aller plus loin dans la clarification des attentes de l’Etat. Il y a eu trop de paroles contradictoires, surtout dans le processus des Programmes d’Investissement d’Avenir. Des progrès ont été faits, mais il reste encore beaucoup à faire. La structuration du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche ne peut être déléguée à des experts extérieurs quelles que soient leurs qualités. Il revient à l’Etat de faire des choix et de les assumer.

N. Arthaud

La compétitivité devrait être un mot étranger à l’université. L’autonomie financière des universités vis-à-vis de l’État implique une dépendance accrue de ces mêmes universités vis-à-vis des financements privés. Est-ce mieux ? Non. Par ailleurs, cette autonomie financière n’a rien à voir avec une liberté supplémentaire en matière de recherche et d’enseignement. L’État peut très bien continuer à imposer des règles strictes en termes d’enseignement et de recherche.
L’autonomie en soi ne veut rien dire. Aux Etats-Unis certaines universités sont largement autonomes de l’État mais elles ont des budgets incomparablement plus importants que n’importe quelle université française. Chacune des plus grosses universités américaines peut avoir un budget du même ordre que celui de tout le CNRS, par exemple. Alors, en France, l’autonomie des universités cache d’abord un désengagement de l’État de ce qu’on pourrait appeler le service public de l’enseignement supérieur.
Les scientifiques devraient évidemment avoir la totale liberté de penser et la liberté de pousser leurs recherches dans la direction qui leur semble fructueuse dans la limite des possibilités de la société. Car ils ne peuvent pas être déconnectés de la société et de ses besoins. La recherche doit aussi bien sûr rendre compte de ce qu’elle fait : diffuser ses savoirs, ses travaux, ses questionnements, vulgariser auprès du plus grand nombre possible.
Enfin, une société humaine digne de ce nom devrait chercher à abolir la coupure qui existe aujourd’hui entre l’ensemble de la population et une intelligentsia spécialisée. L’éducation devrait viser à ce que tout le monde participe à l’innovation scientifique, technique ou artistique.

J. Lassalle

Ces dernières années, et depuis au moins vingt ans, les Ministres ont investi une énergie phénoménale dans la réorganisation ou la désorganisation des institutions d’enseignement supérieur et de recherche. On a monté des usines à gaz dont je ne vois même pas sortir le gaz.

Je veux d’abord débarrasser les chercheurs des superstructures qui n’auront pas démontré leur utilité. Ils doivent pouvoir trouver, plutôt que de passer leur temps dans des comités.

Et s’il y a des réorganisations à faire, je m’en remets à la communauté scientifique elle-même. Regardons ce qui marche, chez nous et chez nos voisins.





 Dualité du système

IV.5 L’enseignement français post bac a la particularité de faire coexister deux systèmes très différents qui communiquent peu : les universités et les grandes écoles. Quelle évolution envisagez-vous pour mieux articuler les deux systèmes ?



JL Mélenchon

Les Universités seront laïques et ouvertes à tous, emploieront des personnels fonctionnaires recrutés nationalement et affectés par mouvement dans les différents établissements membres, et enfin elle veillera au respect du cadre national des diplômes dans les différents établissements. Tous les « grands établissements » désireux d’opter pour ce statut seront accompagnés par l’État dans leurs démarches.
Les grandes écoles publiques, pour leur part, seront recentrées sur leurs missions propres, avec une double tutelle avec l’université à laquelle elles seront rattachées et le ministère concerné, pour lequel l’école agira comme un dispositif de pré-recrutement. C’est ainsi que l’Ecole des Ponts aura un rôle important à jouer dans la formation des ingénieurs d’État qui accompagneront la transition écosocialiste ; les Arts et Métiers et l’Ecole Centrale formeront des ingénieurs du génie et des travaux publics ; Polytechnique, des spécialistes de recherche duale ; etc. Les anciens élèves devront rembourser l’intégralité des traitements perçus s’ils ne respectent pas leur engagement décennal. Enfin, les ENS maintenues auront une place entière et constitueront un dispositif de pré-recrutement pour les carrières de l’enseignement et de la recherche, mais ne délivrerons plus de diplômes ; les Normaliens seront à nouveau formés à l’Université.

N Dupont-Aignan

Je défends un enseignement supérieur du mérite et de l’effort, véritable moteur de l’ascension sociale. Il ne doit en aucun cas exister de sous-catégories ni de privilégiés dans le paysage français de l’enseignement supérieur. C’est pourquoi nous devons généraliser les synergies entre grandes écoles et universités qui commencent déjà à se mettre en place. Mais il s’agit d’aller encore plus loin en trouvant un juste équilibre.
Tout d’abord il faut lutter contre l’accès inégalitaire aux grandes écoles : la reproduction sociale qui y règne est principalement due au coût financier qu’elles impliquent pour les familles et les étudiants. Les jeunes des classes populaires sont les premières victimes du renforcement des inégalités sociales au sein des grandes écoles puisqu’ils y représentaient 20% des étudiants en 1965 contre 9% en moyenne aujourd’hui ! L’État doit garantir la gratuité des concours pour les grandes écoles qui rackettent aujourd’hui les étudiants souhaitant les intégrer. Tout jeune sera ainsi placé à égalité devant la même épreuve. Il faut également diminuer fortement les frais de scolarité qui conduisent souvent nos jeunes à s’endetter et/ou travailler parallèlement à leurs études, ce qui peut pénaliser leurs résultats.
Ensuite, il faut inciter les universités à renforcer leurs exigences à travers l’augmentation du nombre d’heures de cours sur les deux premières années ou encore l’obligation de présence effective aux cours. Comme pour les grandes écoles, nous défendons une sélection à l’Université concernant les filières qui ont des problèmes de débouchés et sommes favorables à étendre ce dispositif aux formations qui le nécessitent, notamment en Master. Il faut redonner un sens au mérite au sein du parcours universitaire.
La rivalité entre universités et grandes écoles n’aura plus lieu d’être une fois démocratisé l’accès à un enseignement supérieur de qualité : un accès qui place la récompense du mérite comme valeur fondamentale.

E. Macron

Je ne crois pas à une division nette et surtout définitive, décidée d’en haut qui plus est, entre les universités de recherche et les autres. D’abord parce que l’essence de l’Université c’est le lien entre formation et recherche. Ensuite parce que les universités dites de recherche intensive sont aussi des universités de formation intensive, au plus proche des besoins économiques, sociaux et culturels. De même parce que les universités qui ne sont pas considérées aujourd’hui comme étant de recherche intensive, dès lors qu’elles ont su développer une stratégie de spécialisation bien pensée, ont su développer, dans ces champs de spécialisation, des capacités de recherche et d’innovation du plus haut niveau. Enfin parce qu’il est nécessaire d’investir globalement dans la recherche et la formation et que nos universités doivent être à la fois globales et locales pour réussir.
En même temps nous ne pouvons plus continuer à tout demander à toutes les universités : chacune doit se développer et nous devons tout faire pour soutenir leurs projets. Et donc également bien sûr le développement de champions de catégorie mondiale, qui seront nécessairement en nombre limité.
Chaque écosystème a ses caractéristiques propres et il faut en tenir compte pour valoriser au mieux les compétences de chaque site. C’est pourquoi nous voulons au maximum nous appuyer sur l’initiative et développer leurs capacités d’autonomie, dès lors qu’ils sont volontaires pour faire bouger les lignes, décloisonner les vieilles frontières et nourrir de grandes ambitions. Je suis convaincu que notre pays a besoin de nouvelles universités qui regroupent des universités et des écoles actuelles avec les organismes de recherche. Je n’ai aucun doute là-dessus ; c’est ce qui nous permettra de construire des établissements plus visibles, plus attractifs et plus compétitifs au plan international. Mais il faut davantage s’appuyer sur la volonté des acteurs et substituer à une « obligation administrative » une « dynamique de projet transformant ». Lorsque des établissements auront construit un projet audacieux de rassemblement au sein d’une « nouvelle université », lorsque la consistance et la légitimité de ce projet seront constatées, nous permettrons à cette nouvelle université de s’organiser de la façon qui correspond de la façon la plus adaptée à ses caractéristiques et à son environnement.
Je suis bien placé pour savoir que cette dynamique indispensable comporte souvent des dimensions interministérielles. Elles ne doivent pas constituer un obstacle à des projets qui sont clairement d’intérêt national. Les « querelles de territoire » ne sont plus, en l’espèce, supportables. C’est pourquoi la création de ces nouvelles universités constituera un des axes prioritaires de la politique de réforme de l’Etat et des services publics et, à ce titre, son impulsion et le contrôle de son déploiement seront placés sous la
responsabilité directe du Premier ministre pour confirmer l’importance du sujet et lever rapidement les obstacles éventuels.
Je me fixe comme objectif d’avoir, à l’issue du quinquennat, grâce à un cadre juridique innovant et adaptable, y compris donc les statuts des établissements lorsque cela sera nécessaire, transformé le paysage de l’enseignement supérieur français et permis la création de ces nouvelles universités ayant « transcendé » les distinctions historiques universités/écoles/organismes, à chaque fois que les acteurs seront volontaires. Bien entendu cette politique devra au premier chef soutenir la constitution d’universités de niveau mondial, l’attractivité française. Mais cela passera aussi en grande partie, je le crois et c’est nécessaire, par des universités aux solides assises territoriales.
Pour ce faire, je souhaite notamment donner plus d’importance aux contrats quinquennaux de site et d’établissement. Nous attribuerons des moyens publics supplémentaires aux établissements dans le cadre d’une nouvelle politique contractuelle en contrepartie d’engagements sur des objectifs définis et partagés avec les communautés universitaires, de moyens mobilisés, de progrès et de résultats à atteindre. Ce sera le moyen pour l’Etat de soutenir la diversité des excellences et le choix de priorités et de stratégies qu’auront effectué les universités. On répond mieux à la diversité des besoins en soutenant une diversité de stratégies, plutôt qu’en imposant à tous des objectifs uniformes. Ce sera ainsi le moyen de libérer l’initiative et d’ouvrir un large espace d’expérimentations. Le principe qui me guidera sera de soutenir l’innovation à la mesure de l’engagement des établissements et des évaluations sur la qualité des résultats de formation et de recherche obtenus.

F. Fillon

L’enseignement français post bac présente une diversité d’institutions – universités, classes préparatoires et grandes écoles, sections de techniciens supérieurs, établissements d’enseignement supérieur privé – qui concourent toutes au même objectif d’excellence. Cette pluralité d’acteurs n’est pas un handicap mais constitue une richesse. Le ministère doit accompagner les uns et les autres pour qu’ils offrent ce qu’ils ont de meilleurs à nos étudiants, à notre pays. Mais les choix stratégiques des établissements relèvent avant tout de leur responsabilité, notamment en matière de partenariats.

B. Hamon

Les regroupements qui ont été créés, comme les COMUE, associent les universités et les Grandes Ecoles : le mouvement est enclenché, il faut l’accompagner pour prendre de l’essor. Cela ne passe pas que par des évolutions structurelles, mais surtout par la manière de travailler au quotidien :
Au niveau de la recherche, en favorisant la réunion des enseignants-chercheurs des universités et des grandes écoles dans les mêmes laboratoires, ce qui a commencé.
Au niveau de la formation, en favorisant les diplômes conjoints, et la possibilité pour un étudiant d’un regroupement d’établissements de suivre des cours dans n’importe lequel des établissements, avec l’accord de l’équipe pédagogique.
Au niveau des projets structurants, en favorisant la mutualisation au niveau de chaque site : développement de tiers-lieux, actions de vie étudiante, plateformes numériques…
L’enjeu n’est pas de préférer les universités aux grandes écoles ou l’inverse : c’est de les associer, d’utiliser les atouts des unes et des autres, et d’offrir des conditions aussi bonnes dans les unes que dans les autres.
L’augmentation du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche que je propose, en suivant les engagements du Livre Blanc de l’enseignement supérieur et de la recherche, conduit à ce que la France consacre 2% de son PIB à l’enseignement supérieur dans 10 ans, ce qui permettra d’améliorer les conditions de formation à l’université pour les rendre plus attractives.
Dans ce cadre, des moyens financiers sont attribués, et seront renforcés pour donner aux regroupements la capacité à conduire des projets ambitieux unissant les universités et écoles qui les composent. Ce qui importe, c’est que chacune et chacun dans ces établissements se sente investi d’une même mission au service de notre pays : élever le niveau de qualification, développer nos savoirs.

N. Arthaud

Cette organisation entre universités et grandes écoles est caractéristique d’un enseignement supérieur organisé en fonction des intérêts des entreprises, où les futurs cadres des entreprises sont formés avec soin dans les grandes écoles, tandis que l’université est le parent pauvre, de second ordre. C’est cela qu’il faut remettre en cause, en considérant l’enseignement supérieur d’abord et avant tout comme le lieu de passage de la culture sous toutes ses formes d’une génération vers une autre.

J. Lassalle

C’est un serpent de mer. Personne ne veut lâcher son statut. Les gouvernements ont essayé de cacher le sujet en créant des grands pôles réunissant écoles et universités. Je me demande si cela a changé grand’chose.

La tentation de « massifier », le « plus c’est gros mieux ça vaut », je ne crois pas que ça marche. Gardons ce qui donne les meilleurs résultats, et essayons de le développer.