Questions de science
et de technologie


 Sciences numériques au lycée

III.1 Un enseignement de spécialité Informatique et sciences numériques a été introduit en 2012 en terminale scientifique. En 2015, le gouvernement a décidé sa généralisation et introduit de nouveaux programmes de science informatique du primaire au baccalauréat. Néanmoins il n’existe ni CAPES ni agrégation spécifiques. Comment comptez-vous développer la formation des élèves, le recrutement et la form ation permanente de leurs enseignants dans ce domaine ?



JL Mélenchon

Nous souhaitons généraliser l’enseignement de la culture numérique et informatique à l’école et dans les concours et formation des enseignants

N Dupont-Aignan

Il est inutile de saupoudrer un vague enseignement au numérique tout au long du primaire, du collège et du lycée – souvent au détriment de la lecture, de l’écriture et du calcul – considérant par ailleurs que les jeunes sont bien plus à l’aise que leurs parents avec les nouvelles technologies sans enseignement particulier. Une réponse véritablement pertinente à l’enjeu, celle que je propose, consiste à concentrer les moyens dans les filières ouvrières d’excellence. La revalorisation du travail manuel est essentielle : cessons d’exclure les gens brillants des circuits manuels et rénovons les filières spécialisées pour former les futurs ouvriers, capables de programmer et d’exploiter les outils du numérique. En matière d’emploi, je propose d’intensifier les formations aux métiers du numérique au sein de Pôle emploi, en offrant une formation à l’informatique et à l’entreprenariat aux demandeurs d’emploi désireux de créer leur entreprise dans le numérique ou de se reconvertir.

E. Macron

Notre système éducatif doit fournir à tout futur citoyen les principales clés pour comprendre notre monde numérique. Il ne s’agit pas de former des professionnels de l’informatique mais de proposer à chacun un bagage minimal, comme il en est fourni en français, en mathématiques, en histoire-géographie, en langues…. Un enseignement d’informatique doit inclure des éléments éthiques, juridiques et sociaux à côté bien sûr de bases scientifiques et techniques. Ainsi un bachelier doit au cours de son cursus avoir appris à coder et acquis les bases de l’algorithmique et des structures de données. Il aura aussi compris les principes de base et les principaux enjeux dans les domaines de la cybersécurité, de la gestion des données personnelles et du respect de la vie privée, des licences logicielles et du logiciel libre.
La mise en place d’une telle formation à tous les niveaux pose la question essentielle de l’existence d’un corps professoral bien formé. Pour les professeurs des écoles, les ESPE doivent proposer de réels enseignements d’informatique, tenant compte des formations initiales des étudiants-professeurs. Pour les professeurs des collèges et des lycées, la qualité des enseignements est clé. Il n’y a aucune raison d’être moins exigeant dans la formation des professeurs d’informatique que dans celle des professeurs des autres disciplines.
La seule solution pragmatique est de généraliser ces enseignements progressivement au fur et à mesure que les enseignants seront formés et recrutés. Cette généralisation doit être basée sur deux éléments complémentaires. Il faudra tout d’abord mettre en place un plan de formation continue ambitieux. Ce plan sera destiné aux enseignants déjà en poste, titulaires en informatique ou dans une autre discipline, et ayant suivi des enseignements d’informatique dans le cadre de leur formation initiale. Cette formation continue doit être validée par un certificat d’aptitude. Il faudra d’autre part examiner la possibilité de recruter de nouveaux professeurs spécialistes en étudiant la création d’un CAPES et/ou d’une Agrégation
d’informatique. Dès la session 2017, il sera possible de présenter une option informatique au Capes de mathématiques.

F. Fillon

Au collège, il faudra recentrer l’enseignement de la technologie sur la culture numérique et l’apprentissage de l’informatique : outils bureautiques, code et algorithmique, création d’un site Internet, sensibilisation à l’open source, usage des réseaux sociaux, gestion de son identité sur Internet, protection des données personnelles et enfin information sur les métiers associés au numérique. Au lycée, l’enseignement de l’Informatique et Sciences du Numérique (ISN) sera étendu et proposé à tous.
Le développement d’une filière universitaire ISN consacrée à la recherche et à la formation à de nouveaux métiers (enseignement, programmation informatique, cybersécurité, intelligence artificielle, big data, etc.) est nécessaire.

F. Asselineau

Nous mettrons un terme à cette incohérence en créant un CAPES d’informatique en vue d’un enseignement au lycée, tout en prônant l’utilisation modérée et intelligente des nouvelles technologies

B. Hamon

Regardons déjà ce qui a été fait. Avec les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire entrés en vigueur en septembre 2016, une première approche du codage est enseignée dès l’école élémentaire et l’algorithmique est au programme de mathématiques et de technologique à partir de la classe de cinquième.
D’autres mesures importantes ont été prises : une option informatique a été ouverte au Capes de mathématiques, option accessible aux candidats dont le niveau en informatique est celui de la 4e année d’université dans la matière et un enseignement d’informatique et création numérique est désormais offerte de la seconde à la terminale pour les lycées des filières L, ES et S. 
Ce sont des dynamiques positives que je poursuivrai.
Je ne m’inscris pas actuellement dans l’optique d’une reconnaissance de l’informatique comme une discipline scolaire à part entière, avec, par conséquent, la création de concours idoines (Capes, Agrégation). Je suis toutefois favorable à l’ouverture d’une réflexion sur le sujet.

N. Arthaud

La question de fond qui se pose dans l’éducation nationale n’est pas la révision des programmes. Bien sûr qu’ils doivent évoluer en même temps que progressent les techniques et les connaissances. La question de fond est d’accorder les moyens indispensables pour donner à chaque élève, quelle que soit son origine sociale, les moyens d’acquérir les savoirs et les savoir-faire indispensables.
L’Éducation nationale devrait être vraiment une priorité, et ce à plus d’un titre. L’urgence est déjà de réparer les dégâts causés par la baisse importante des moyens alloués ces dix dernières années, qui frappent en premier les enfants des quartiers populaires, eux qui n’ont souvent que l’école pour leur permettre d’acquérir des connaissances et qui ont souvent besoin d’être épaulés dans leurs études. Et, pour qu’il y ait égalité des chances, il faudrait commencer par augmenter le nombre d’enseignants ainsi que les moyens alloués aux établissements scolaires des cités ou quartiers réputés difficiles, pour que l’école devienne un pôle d’attraction pour tous les jeunes. Des moyens en matériel et en enseignants, pour toutes les matières.

J. Lassalle

À la fin du XIXe siècle, alors que notre pays avait frôlé la dislocation, la IIIème République décida qu’aucun enfant ne devait rester à l’écart de l’instruction publique. Ces mots, « instruction publique », disent exactement ce que devrait être la mission de l’école : transmettre le savoir-faire, enseigner langue et culture, préparer à un métier.

Les élèves d’aujourd’hui n’ont-ils pas le même besoin ? Leur esprit devra être formé à créer plutôt qu’à subir, à produire plutôt qu’à consommer passivement ce que Google, Apple, Microsoft ou Facebook leur mettent sous le nez. Ils devront exercer leur liberté, et pour cela maîtriser profondément Internet et les outils de communication, au lieu d’en devenir dépendants.

Nous devons enseigner la pratique de l’informatique, de son "code", dès le primaire. L’école doit à la fois transmettre l’héritage des générations passées, et garder le rythme des changements du monde. La révolution technologique pose aux nouvelles générations un défi plus grand que celui de nous servir d’Internet, de « l’outil informatique » : il s’agit de le maîtriser pour ne pas en devenir esclaves. L’enseignement de l’informatique ne tient aujourd’hui dans les programmes qu’une place marginale. Nous devons y