Questions de science
et de technologie


 Renouvelable

II.1 La loi française sur la transition énergétique du 17 août 2015 prévoit une réduction de 50% en 2050 de la consommation totale d’énergie en France, ainsi qu’une réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique au profit d’un important développement d‘énergies renouvelables. Comment pensez-vous suppléer à l’intermittence de l’éolien et du solaire photovoltaïque sans augmenter la consommation de combustibles fossiles ?



JL Mélenchon

Le programme énergétique de la France Insoumise est clair : "Viser la sortie des énergies fossiles et du nucléaire". La France a les capacités intellectuelles, technologiques, industrielles pour engager un programme permettant d’arriver à l’horizon 2050 à une énergie 100% renouvelable. Nous ne sommes certes pas les seuls à le dire (voir le rapport Negawatt), et il ne manque que la volonté politique pour engager un tel programme. Cette volonté politique, nous l’avons.
Pour répondre plus précisément à la question posée, nous pourrions rappeler qu’il n’y a pas que l’éolien ou le photovoltaïque qui soient "intermittents". Les résultats de l’année 2016 ont permis de montrer à quel point l’énergie nucléaire pouvait elle aussi être "intermittente", avec une disponibilité globale du parc nucléaire ne dépassant pas les 65%...
Mais plus sérieusement, vous posez la question du stockage de l’énergie électrique durant les périodes d’intermittence : les solutions, même si certaines ne sont pas encore parfaitement utilisables à grande échelle, ne manquent pas :
- Stockage hydraulique (lacs aval et amont), méthode existante (Lacs Blanc et Noir dans les Vosges) et abandonnée dans les années 60.
- "Power to gas) Stockage par électrolyse de l’eau (production d’hydrogène et oxygène)
- Méthanation (production de méthane de synthèse par réaction de l’hydrogène avec le C02 récupéré lors de la production de biogaz)
L’objection qui est souvent faite à ces méthodes de stockage concerne leur rendement, puisque à chaque étape de transformation de l’énergie il y a perte. Mais rappelons que dans le cas des énergies renouvelables, le combustible primaire (vent, soleil) est gratuit. Une autre objection concerne la maîtrise de ces technologies de transformation. Mais là aussi, c’est d’abord une question de volonté politique et de financement, lorsque que l’on compare aujourd’hui la part de budget de l’Etat accordé au développement sur le nucléaire à celle sur les énergies renouvelables.

N Dupont-Aignan

Les conséquences de la politique menée en Allemagne en matière énergétique – qui a abouti à ce que 40% de la production électrique du pays est d’origine carbonée – doivent pousser à réfléchir sur les manières d’assurer une production énergétique propre.

Entre une écologie sectaire sans vision prospective sur la transition énergétique, et une vision exclusivement tournée vers le nucléaire conventionnel qui ne tiendrait pas compte des progrès réalisés dans ce domaine, je fais le choix d’incarner une troisième voie qui répond à 3 objectifs :

• L’indépendance énergétique de la France.
• La compétitivité de notre économie.
• La réduction des gaz à effet de serre.

45% du total de la consommation d’énergie en France est réalisé par le secteur du bâtiment, c’est donc sur lui, avec celui, bien-sûr, des automobiles, que doivent porter les efforts principaux. IL est urgent de réviser la RT 2012 qui privilégie l’usage du gaz alors qu’un chauffage au gaz émet beaucoup plus de CO2 qu’un chauffage bien conçu utilisant l’électricité (avec l’apport de pompes à chaleur air/air, ou air/eau avec la géothermie basse température). Pour le secteur automobile, je propose de remplacer les 10 millions de véhicules les plus énergivores en 10 ans, par le biais d’un bonus pour l’acquisition d’un véhicule consommant moins de 3l/100 km. L’État investira 1 milliard d’euros par an pour cette mesure. La prime ne serait pas renouvelée pour une nouvelle acquisition. Il faut aussi mettre les technologies numériques au service d’une meilleure gestion du trafic (analyse des pics de circulation, fluidification du trafic à l’aide d’informations sur la circulation, gestion des feux tricolores, etc.).

L’éolien et le photovoltaïque ne répondent pas aux attentes d’une production propre de masse, les exemples étrangers le montrent, Je reviendrai sur l’objectif de 50% de nucléaire dans la production électrique en 2025, poursuivrai la recherche pour un nucléaire propre et sûr. Je lancerai un plan de développement de la filière Thorium sur 25 à 30 ans qui prendra le relais à l’horizon 2050. Je rappelle que les centrales nucléaires à Thorium permettront l’élimination des déchets nucléaires par transmutation.





 Nucléaire

II.2 Pensez-vous développer la recherche sur le nucléaire de quatrième génération, en particulier avec le réacteur expérimental ASTRID ?



JL Mélenchon

Le programme énergétique de la France Insoumise, nous l’avons déjà dit, engage notre pays vers la sortie du nucléaire à l’horizon 2050, avec l’arrêt du dernier CNPE pour 2035 environ.
Concernant plus spécifiquement ASTRID, nous ne pensons pas qu’il soit pertinent de développer un réacteur qui n’est qu’une version améliorée du défunt SUPERHENIX , tout en conservant les impasses technologiques auxquelles il a été impossible de faire face (présence de quantités énormes de sodium liquide chaud, irradiation massive par neutrons rapides des matériaux constitutif, difficultés de rechargement, ). Sans compter que la capacité supposée à "brûler " le plutonium ou les déchets radioactifs ne concerne bien évidemment pas les déchets vitrifiés actuels.

N Dupont-Aignan

Si nous devons, à long terme, opter pour un mode de production nucléaire totalement propre (Thorium), abandonner la recherche sur la fusion nucléaire, dans laquelle la France a un savoir-faire inégalé, ne me semble pas souhaitable, à moyen terme, pour assurer la transition énergétique.





 Taxe carbone

II.3 Face au changement climatique en cours, la France s’est engagée lors de la conférence de Paris (la COP21) à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 75% en 2050 par rapport à 1990. Pour atteindre cet objectif, la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 prévoit une augmentation de la taxe carbone de 22€/tonne CO2 en 2016 à 56€ en 2020 puis 100 euros en 2030. Avez-vous l’intention de confirmer cette décision ou de la modifier ?



JL Mélenchon

Selon certains experts, la taxe carbone (Contribution Climat-Energie) ne serait efficace qu’au-delà de 30€/tonne CO2. De ce point de vue, il conviendrait d’arriver le plus vite possible à cette valeur, sans attendre. Mais ce n’est qu’une partie de la réponse.
En définitive, cette contribution s’exerce sur le consommateur final (biens de consommation ou énergie) sans qu’il ne puisse participer à un quelconque choix : un automobiliste ayant acheté un véhicule diesel (favorisé à l’époque par une fiscalité moindre, mais plus onéreux) n’a bien souvent pas le choix de changer pour un véhicule moins polluant.
Cette contribution est transparente pour le fournisseur d’énergie, quel qu’il soit.
Ce type de taxation n’a pas pour effet de diminuer la consommation d’énergie, mais seulement la diminution de la consommation d’énergies fossiles, et pour nous, le problème de la consommation globale d’énergie ne peut pas être séparé de celui du réchauffement climatique.

N Dupont-Aignan

Les récents déboires entourant l’écotaxe m’incitent à adopter une attitude plus responsable qui ne soit pas fondée sur la contrainte mais sur l’incitation et l’accompagnement. Outre les deux mesures citées question II. 1. concernant la transition écologique dans le secteur du bâtiment et le renouvellement du parc automobile, la révision de la loi sur la transition énergétique que je propose instaurera un plan unique pluriannuel glissant, révisé en fonction de trois critères : le coût de la tonne de CO2 ou de combustibles fossiles évités ; la production d’énergie décarbonée au meilleur coût ; les emplois créés. Un guichet régional sur la fiscalité verte sera créé afin d’orienter les Français perdus dans le maquis des subventions et des allègements fiscaux. Les Français auront aussi la possibilité d’ouvrir un livret d’épargne « dispositifs d’économie d’énergie ». Il permettra à ceux qui souhaitent réaliser immédiatement des travaux d’emprunter pour les financer, et à ceux qui ont l’intention de réaliser ce type de travaux à l’avenir, d’épargner en vue de les réaliser plus tard.





 COP 21

II.4 L’accord de Paris sur le climat est marqué par une tension entre un objectif ambitieux, limiter le réchauffement global à moins de 2°C par rapport au climat pré-industriel, et la trajectoire sur laquelle nous placent les engagements volontaires des différents pays, conduisant à la poursuite de l’augmentation des rejets de gaz à effet de serre jusqu’en 2030. Quelle est votre vision des actions à mener au cours des cinq prochaines années pour atteindre les objectifs annoncés ?



JL Mélenchon

La réponse peut sembler simple : s’engager résolument dans la transition énergétique. De ce point de vue, l’action des gouvernements passés, au-delà du discours, a été plus que timide, voire à rebours des engagements : quid des centaines de milliers de logement réhabilités thermiquement inscrit dans le "Grenelle de l’Environnement", et simplement répétés dans la loi de Transition Energétique ? Qu’en est-il de l’engagement de fermer la centrale de Fessenheim avant la fin du quinquennat, et de parvenir à 50% de production nucléaire à l’horizon 2025 ? Il reste moins de 8 ans pour y parvenir, et rien n’a été mis en place. Sans même évoquer la fermeture annoncée, puis repoussée, de nos dernières centrales au charbon ?
Une première démarche sera une simplification des procédures administratives permettant l’installation de productions d’énergie par le renouvelable. Il conviendra également que l’Etat et les collectivités donnent l’exemple de la transparence (dépenses énergétiques des bâtiments publics) et de la mise en place d’une réelle transition énergétique. Ce ne sont que quelques exemples. Les outils existent, il ne manque que la volonté politique de les mettre en oeuvre. Mais en veillant à ce que ce ne soient pas les "petits", les "faibles", qui en aient à supporter le poids économique.

N Dupont-Aignan

Sur le plan national, la promotion des circuits courts dans le domaine agricole permet d’éviter des dommages environnementaux, notamment par la réduction des distances et des temps de trajets, par conséquent la consommation de carburant et l’émission de gaz à effet de serre.

L’amélioration de nos infrastructures pourra produire des effets similaires : le premier port français en termes de flux de marchandises est à l’heure actuelle… Rotterdam. Le développement du fret fluvial et l’augmentation de la compétitivité de nos ports seront aussi de nature à réduire l’émission de gaz à effet de serre.





 Pays en voie de développement

II.5 Les pays développés, dont la France, se sont engagés depuis 2009 à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique. Cet engagement a été confirmé à plusieurs reprises, en particulier lors de la COP21 en 2015. Envisagez-vous de maintenir cet engagement de la France, d’accélérer sa mise en œuvre et éventuellement d’en augmenter le montant pendant votre mandat présidentiel ?



JL Mélenchon

Il est toujours nécessaire d’assurer la continuité de l’Etat, surtout dans ses engagements.
Il n’est donc pas question de revenir sur celui-ci.
Cela dit, les méthodes choisies pour mettre en oeuvre ces engagements ne sont pas satisfaisantes (subventions données à des projets pour lesquels nous espérons un retour économique ou politique…). Il nous semble plus pertinent de fournir des équipements aux pays en développement, plutôt que de financer directement des structures.
Un exemple simple : construire une structure de fabrication de panneaux photovoltaïques, mise en oeuvre et gérée localement, plutôt que de subventionner l’achat de tels panneaux…

N Dupont-Aignan

J’engagerai notre pays dans l’aide au développement propre aux pays émergents. Dans le cadre du « plan Marshall » pour l’Afrique que je propose, le volet écologique comporte l’aide à l’électrification du continent africain. Il n’existe pour cela aucun obstacle technique majeur mais seulement un défi financier : réunir une subvention publique internationale d’environ quatre milliards de dollars par an pendant douze ans permettrait de sécuriser – et donc d’encourager – les investissements réalisés dans ce secteur. La France doit clairement se porter à la tête d’un tel projet, d’abord en s’engageant à y apporter une contribution digne de l’intérêt qu’elle porte au développement du continent africain, ensuite en utilisant sa puissance diplomatique pour promouvoir un tel projet auprès des autres membres de la communauté internationale.

Il faudra aussi apporter notre aide au développement de la « grande muraille verte » pour lutter contre la désertification des terres subsahariennes.