Questions de science
et de technologie


 Santé publique

I.1 Santé publique : les pathologies du cerveau, les maladies dégénératives et les pathologies mentales, le tabac et autres addictions, l’obésité, les infections par des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques, les émissions de particules, les maladies infectieuses émergentes ou ré-émergentes… menacent la santé de nos concitoyens. Quelles mesures comptez-vous prendre en terme de recherche et de prévention pour protéger la santé publique ?



JL Mélenchon

La transition écologique que nous défendons, l’interdiction de certaines substances et les politiques sociales de suppression de la pauvreté et de réduction des inégalités sont des politiques en faveur de la santé. Il convient aussi de développer significativement la prévention, l’éducation à la santé et ceci dès le plus jeune âge ou encore l’éducation thérapeutique qui devient absolument nécessaire dans le contexte de transition épidémiologique auquel nous faisons face.
Le projet de la France Insoumise prévoit la mise en place d’un pôle public du médicament, dégagé des intérêts économiques et indépendant des industries pharmaceutiques pour disposer de produits de santé sûrs. Il disposera d’un laboratoire de recherche et de développement et disposera ainsi de moyens renforcés notamment pour le contrôle des médicaments mis en circulation mais aussi pour continuer à rechercher les traitements les plus adaptés.

N Dupont-Aignan

L’explosion de maladies chroniques liée l’absence de politiques de prévention (3,7 millions de personnes en Affections de Longue Durée en 1994 ; 9,9 millions en 2014), ainsi qu’à l’évolution de notre mode de vie – alimentation fondée sur une nourriture ultra-transformée, la pollution atmosphérique, et au contexte social (relation au travail, inégalité, précarité), appelle une politique forte en matière de prévention.

Je propose de mettre en place un modèle de santé s’appuyant sur les nouvelles technologies et les nouveaux outils de dépistage, qui permettra de diminuer les dépenses de Sécurité sociale. Il faut accompagner :
• L’évolution vers une médecine préventive et prédictive : mesure, grâce à des objets connectés, des données relatives à notre corps et à ses activités afin de les analyser et/ou de les partager en vue d’avoir un meilleur contrôle sur notre bien-être ou notre santé.

• Les patients mieux informés et acteurs de leur santé s’appuieront sur les nouvelles technologies pour structurer des communautés de patients notamment pour les maladies chroniques (forums de discussion/réseaux sociaux), suivre leur état de santé (objets connectés/santé mobile) ou encore se former (e-learning/e-coaching).

• Les professionnels de santé connectés, co-acteurs d’un collectif de soins s’appuyant sur de nouveaux outils performants centrés sur les pratiques médicales, la mise en réseau des professionnels de santé et la refonte des parcours de formation.





 Vaccination

I.2. La vaccination, une des plus grandes avancées de la santé publique depuis deux siècles, fait l’objet d’une défiance croissante de la population. L’absence même partielle de vaccination fait renaître de graves dangers d’épidémies. Quelle politique vaccinale souhaitez vous mettre en œuvre pour remédier à cette situation ?



JL Mélenchon

La politique de santé publique exige que tous les individus soient soumis aux mêmes règles, pour qu’elle soit efficace, c’est pourquoi l’obligation de vaccination doit être maintenue pour les maladies infectieuses contre lesquelles il n’existe pas d’autres outils de prévention plus efficaces.
Néanmoins, il est nécessaire de retravailler la politique de vaccination française, afin de s’assurer d’une part qu’elle correspond bien à ces exigences de santé publique et non aux intérêts des industries pharmaceutiques, d’autre part qu’elle concerne uniquement les maladies pour lesquelles la vaccination constitue la politique la plus adéquate.
Nous sommes en effet attentifs aux alertes lancées par certains médecins et scientifiques concernant la composition des vaccins et notamment le choix des adjuvants. En conséquence, le pôle public du medicament que nous créerons, devra d’urgence se saisir de la question et s’assurer que le choix de l’adjuvant n’est pas commandé par des impératifs de rentabilité mais uniquement d’efficacité et de sécurité.

N Dupont-Aignan

Les études montrant la défiance particulière des Français à l’égard de la sûreté des vaccins, est sans doute difficile à interpréter mais plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Il est par exemple intéressant de noter que les deux pays de l’UE où cette défiance semble la plus forte, selon l’étude menée par l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres (http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2016/10/24/97002-20161024FILWWW00016-les-francais-ne-font-plus-confiance-au-vaccin.php), se trouvent être ceux où l’inoculation de certains vaccins est obligatoire – 41% des Français interrogés, 20,64% des Italiens. Ce chiffre est au contraire beaucoup moins élevé dans les pays où l’inoculation de vaccins est recommandée mais pas obligatoire – 10,5% en Allemagne, 6,3% au Danemark, 4,45% en Finlande... Par ailleurs, certains choix peuvent être légitimement critiqués : l’arrêt de la fabrication du vaccin obligatoire DT-Polio après 47 ans de commercialisation, l’inoculation de l’hexavalent, qui rend de fait obligatoire des vaccins qui ne le sont pas légalement, a pu accroître le sentiment chez certains de nos compatriotes de ne plus avoir prise sur les politiques de santé, d’une opacité et d’un éloignement des décisions les touchant sur un sujet pourtant essentiel.

Dans ce contexte, je pense que le rétablissement d’un climat de confiance entre les Français, les responsables politiques et les institutions de santé passe par plus de transparence et de liberté dans la politique vaccinale. Pour répondre à cette exigence, je propose de relancer d’urgence la fabrication du vaccin DT-Polio afin que son inoculation soit proposée à nos compatriotes au même titre que l’hexavalent. Sans perdre de vue que l’objectif reste la vaccination de l’ensemble de nos compatriotes face aux maladies les plus redoutables, il est temps de reconsidérer certaines méthodes trop directives, sources d’incompréhensions et de méfiance.





 Biodiversité

I.3 Quelle sera votre stratégie vis-à-vis des 17 objectifs du développement durable des Nations Unies, et en particulier vis-à-vis de la préservation de la biodiversité terrestre et aquatique ?



JL Mélenchon

Les mesures que nous proposons en la matière sont les suivantes :
- Refuser la brevetabilité du vivant à tous les niveaux, lutter contre la biopiraterie
- Refuser les OGM, bannir les pesticides nuisibles en commençant par une interdiction immédiate des plus dangereux (glyphosate, néonicotinoïdes, etc.)
- Gérer durablement l’eau, bien commun essentiel à toute forme de vie : lancer des programmes de dépollution des cours d’eau et océans et de récupération des déchets flottants, favoriser la création de régies publiques de l’eau au niveau local pour une gestion démocratique
- Sanctuariser le foncier agricole et naturel et lutter contre l’artificialisation des sols

N Dupont-Aignan

Je souscris pleinement à l’esprit des 17 objectifs fixés par les Nations Unies, notamment en ce qui concerne l’aide aux pays en voie de développement pour éradiquer la faim. Je propose en effet un « plan Marshall » en faveur de l’Afrique visant, sous l’égide de la FAO, à aider massivement les investissements agricoles dans les pays en développement.

Concernant la biodiversité terrestre et aquatique, la préservation des habitats naturels est la condition indispensable au développement des espèces animales et végétales. C’est d’ailleurs bien souvent le maintien des secondes qui permet la survie des premières. Les haies, bosquets, ruisseaux qui séparent les champs sont ainsi des viviers pour le maintien de la biodiversité. Ces habitats sont aujourd’hui mis en danger par l’artificialisation des sols et le développement d’exploitations agricoles toujours plus vastes. Pour préserver les terres naturelles, je propose :

• D’alléger la fiscalité sur les terres non-bâties. Avec une rentabilité inférieure sur les terrains non-bâtis et une taxation identique, les propriétaires sont aujourd’hui encouragés à construire et artificialiser les sols.
• D’augmenter la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) et reverser le produit fiscal aux départements afin de limiter l’extension des grandes surfaces et centres commerciaux au détriment des terres naturelles.

Je suis fort, en la matière, de mon expérience à la mairie d’Yerres, laboratoire d’idées et de projets que je veux étendre à la France si je suis élu président de la République. Pour le massif forestier de l’Arc Boisé, j’ai établi, avec deux autres maires, une charte qui décline les points suivants :

-  Garantir l’intégrité de la forêt ;
-  Renforcer la biodiversité ;
-  Connaître, protéger, valoriser le patrimoine historique, naturel et paysager ;
-  Améliorer l’accueil du public et informer la population sur la vie et la gestion de la forêt.

La multiplication, l’extension et la préservation de ces espaces protégés constitueront l’un des axes principaux de ma politique en faveur de la biodiversité.

La préservation de la biodiversité de nos espaces marins passe en premier lieu par une meilleure connaissance des richesses qu’ils contiennent. C’est pourquoi je prévois, dans le cadre de ma politique maritime, un grand projet d’exploration et d’inventaire de notre ZEE. L’extension et la création nécessaires d’espaces maritimes protégés sont inenvisageables sans un accompagnement de nos pêcheurs sous peine de générer un désastre pour l’emploi. Cet accompagnement prendra forme dans :
• La sanctuarisation des « arrêts biologiques » rémunérés.
• La simplification de la réglementation : uniformisation du principe du quota en journées de pêche ou en marée et non plus en kilos pour éviter la fraude et le rejet de poisson commercialisable lors de leurs atteintes.
• Le soutien à la recherche sur l’étude d’un réensemencement d’alevins en milieu naturel, qui pourra déboucher en partenariat avec les fermes marines françaises à un geste écologique de grande ampleur.
• Le fait de permettre aux petites pêcheries de participer activement à l’essor de la culture d’algues marines, l’or vert, en tant que revenu complémentaire.





 OGM

I.4. Les règlements de l’UE et la législation de notre pays autorisent l’importation en vue de la consommation humaine et animale de productions OGM. Certaines cultures OGM sont autorisées par l’UE mais elles restent interdites par la France. Quelle est votre position sur cette question ?



JL Mélenchon

Si la France Insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon arrivent au pouvoir en mai 2017, nous maintiendrons fermement l’interdiction de cultures d’OGM et appliquerons ce principe pour les « OGM cachés » issus des nouvelles techniques de modification génétique qui échappent à l’actuelle législation sur les OGM.

N Dupont-Aignan

Les progrès de la science en matière d’ingénierie génétique suscitent des espoirs légitimes. La production alimentaire devra bientôt répondre au défi démographique, en particulier celui de l’Afrique – qui devrait compter, selon un rapport de l’Unicef, 4,2 milliards d’habitants en 2100 avec le taux de natalité actuel ! Afin d’économiser les ressources de la planète, notamment hydriques, et de limiter l’usage des pesticides, nombreux sont ceux, notamment au sein de la communauté scientifique et des décideurs publics, qui voient dans les OGM une solution inéluctable. Les divergences de vues entre les experts et l’opinion publique sont, là aussi, frappantes. Il n’existe pas d’enquête de grande ampleur en France, mais aux États-Unis – certes bien plus directement confrontés que la France à la question – les chiffres sont sans appel : selon une étude du Pew Research Center, en 2015, 88% des scientifiques interrogés estimaient les OGM sûrs d’emploi… contre seulement 37% des Américains adultes.

Vue sous cet angle, la question se résumerait donc à un simple problème de pédagogie – le débat scientifique autour de la pertinence de la consommation et de la production d’OGM alimentaires semblant définitivement clos par ce consensus écrasant. Je prends pourtant la responsabilité de rester très prudent sur l’emploi et la commercialisation des OGM en France et dans le monde. L’économiste libano-américain N.N. Taleb et Raphael Douady, chercheur au CNRS, ont établi de manière convaincante que le principe de précaution – même si, dans d’autres domaines, il est invoqué de manière abusive et sclérosante pour l’innovation – doit s’appliquer aux OGM. Deux facteurs m’invitent à la prudence :

• Des connaissances encore lacunaires en matière génétique. Chaque jour apporte son lot de découvertes dont nous ignorons encore les conséquences à venir. Si le séquençage ADN de nombreuses espèces végétales et animales est aujourd’hui très détaillé, les conséquences des interactions entre les gènes comportent encore des zones d’ombre importantes, et l’approche top-down de l’ingénierie génétique ne me semble pas à même de les éclaircir à l’heure actuelle.
• Par voie de conséquence, l’emploi à grande échelle d’OGM comporte potentiellement des risques systémiques qui invalident le calcul classique coûts/bénéfices appliqué dans n’importe quel autre domaine scientifique et technologique. Les OGM ayant tendance à être beaucoup plus robustes que les espèces végétales et animales éprouvées par l’évolution darwinienne et son processus de sélection naturelle, elles sont invasives. Comment évaluer l’ampleur de la catastrophe potentiellement planétaire s’il s’avérait qu’un certain nombre de ces espèces ne résiste pas, sur le long terme, à un environnement donné, ou si elles se révélaient finalement toxiques pour la santé ?

Aucune recherche n’est évidemment à exclure, mais toutes doivent se faire dans un cadre strictement contrôlé qui empêche toute propagation.